Prix Nobel de Littérature : Olga Tokarczuk et Peter Handke lauréat

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Un an après le scandale d’agression sexuelle et la non-attribution du prix en 2017, l’Académie a décerné ce jeudi 10 octobre les Nobel de littérature 2018 et 2019 à la Polonaise Olga Tokarczuk et l’Autrichien Peter Handke. Il faut dire que ce scandale avait pris de telles proportions que la Fondation Nobel l’institution qui gère les fonds légués par Alfred Nobel avait décidé de ne pas remettre le prix en 2018. Mais, l’Académie a-t-elle tiré toutes les leçons nécessaires pour redonner ses lettres de noblesse à ce prix ?

Olga Tokarczuk et Peter Handke. Une femme, un homme. Ce choix de parité semble pertinent. En réalité, il est surtout destiné à ne pas prendre de risque, après deux années calamiteuses suite à la découverte en novembre 2017 d’agressions sexuelles perpétrées par Jean-Claude Arnault, le mari de Katarina Frostenson, membre de l’académie suédoise.

Ce 10 octobre, ce sont donc deux lauréats qui ont été distingués : la Polonaise Olga Tokarczuk, 57 ans, pour « une imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, représente le franchissement des frontières », et l’Autrichien Peter Handke, pour « son œuvre influente qui a exploré avec ingéniosité linguistique la périphérie et la spécificité de l’expérience humaine », a expliqué Mats Malm, le nouveau secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise.

Olga Tokarczuk est née à Sulechow, en Pologne, en 1962. Après avoir étudié la psychologie à l’université de Varsovie, elle a acquis comme écrivaine une réputation mondiale. Elle vit à Wroclaw, tout en voyageant beaucoup. Lauréate, en mai 2018, du prix international Man-Booker, elle a également reçu la plus prestigieuse récompense littéraire de son pays, le prix Nike, en 2008, pour Les Pérégrins (Noir sur blanc, 2010).

Son roman de 2014, Les Livres de Jakob (Noir sur blanc, 2018), retraçant le parcours de dissidents juifs au XVIIIe siècle, s’est vendu à près de 80 000 exemplaires dans son pays et lui a valu d’obtenir, pour la deuxième fois, le prix Nike, en 2015. En 2010, elle confessait au Monde : « C’est dur d’être polonais, ça sent la poisse, le mauvais karma ! A cause d’Auschwitz, bien sûr. Mais pas seulement. C’est une histoire longue, douloureuse, un combat continuel contre ses complexes d’infériorité. Et parfois de supériorité. »

Peter Handke, le lauréat du prix Nobel de littérature 2019, est l’un des auteurs les plus lus et les plus joués dans le monde germanophone. Au-delà de ses essais, récits et romans, il a acquis une grande popularité auprès du public grâce à sa collaboration avec Wim Wenders, le cinéaste des Ailes du désir. Peter Handke est né à Griffen (Carinthie), en Autriche, en 1942. Il a interrompu ses études de droit en 1965, quand son premier ­roman, Les Frelons, a été accepté par l’éditeur ­Suhrkamp.

De ses livres des années 1970-1980, comme L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty ou La Femme gauchère, à ses œuvres plus récentes, comme Mon année dans la baie de Personne ou La Perte de l’image, il a creusé le sillon d’une écriture de plus en plus ample, épique. Parmi ses pièces, plusieurs ont été créées en France par Claude Régy : La Chevauchée sur le lac de Constance, Les gens déraisonnables sont en voie de disparition et Par les villages, repris dans une mise en scène de Stanislas Nordey au Festival d’Avignon, en 2013. Luc Bondy a créé L’heure où nous ne savions rien l’un de l’autre et Les Beaux Jours d’Aranjuez : un dialogue d’été.

Au Monde, qui lui demandait en 2012 ce qu’il pensait de la Yougoslavie et du massacre de Srebenica perpétré par les Serbes en 1995, l’écrivain autrichien répondait : « Pour en parler, il faut trouver le bon moment. Il faut aussi que l’autre écoute, que la conversation ne se transforme pas en dispute idéologique, qu’elle soit dirigée par la mélancolie. Comme le dit Goethe, dans Torquato Tasso, il faut qu’une roue de douleur et de gaîté tourne dans la poitrine. Alors on pourra en parler. » Sur une note plus légère, on se souviendra avec amusement qu’en 2014, Peter Handke disait au quotidien autrichien Die Presse qu’« il faudrait supprimer le prix Nobel de littérature », cette « fausse canonisation ».

Selon le testament d’Alfred Nobel, ce prix – doté de 9 millions de couronnes suédoises (soit 830 000 euros environ) – est destiné à récompenser une œuvre littéraire ayant « fait preuve d’un puissant idéal ». La remise des prix aura lieu le 10 décembre, jour de l’anniversaire de la mort du père de la dynamite.

GM/DTV2019

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